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La digitalisation du secteur événementiel en questions

La digitalisation des events est-elle une réalité virtuelle ou concrète ? 

Guillaume Mikowski : Concrète ! C’est d’ailleurs la capacité des marques à maitriser ces nouvelles formes de communication live qui m’impressionnent. Par exemple AXA, seulement 48h après l’annonce du confinement par le gouvernement, a organisé un événement 100% digital pour répondre aux questions des Français qui s’interrogeaient naturellement alors que les marchés financiers étaient plus que chahutés. AXA a su proposer un format interactif, en direct avec des experts de l’entreprise et une journaliste (Nathalie Guichard), avec plus de 9000 internautes ! A noter la communication très « humaine » et « home-made » pour promouvoir l’avant et l’après événement, avec les codes très engageants du Social Media… Résultat : plus de 100 000 personnes ont suivi le replay, c’est le Stade de France !

Thomas Deloubriere : Concrète mais « événementielle ». De multiples annonceurs ont tenté dès les premiers jours de réunir leurs équipes avec des formats plus ou moins préparés et plus ou moins heureux. Confirmation que la nécessité de partager et de communiquer est indispensable à la bonne santé d’une entreprise. Les formats distanciels vont créer de nouveaux usages incontestablement sans pour autant « tuer » les formats présentiels plus rares mais sans doute auront-ils un dimensionnement plus important. « On ne sert pas la main au travers d’un écran ».

Quels sont les formats digitaux nés durant cette crise et qui devraient perdurer selon vous ?

Guillaume Mikowski : Aucun !!! Les marques n’ont pas attendu le Coronavirus pour organiser des événements hybrides ou full digitaux, et les carrefours d’audience pour les accueillir (réseaux sociaux, jeux vidéo etc.) ne sont pas non plus nouveaux. Par contre les usages ont explosé, et à la sortie de cette crise les multiplex en interne, les expériences immersives en 3D temps réel etc. pour hybrider les événements physiques n’auront plus de secret pour les marques et c’est une bonne nouvelle. 

Thomas Deloubriere : Aucun en effet, c’est la facilité de mise en place et l’apprentissage de ces formats qui va donner envie aux marques d’installer une récurrence. Nous ne jugerons de leur pertinence qu’à la condition de savoir mesurer leurs effets sur les cibles. Attention à la froideur du distanciel et au bottom up. Quelle appropriation réelle ? Quel impact ?

De nouveaux outils ont-ils vu le jour pour les agences, en termes d’organisation comme de travail en interne : qu’est-ce qui a changé aujourd’hui et qui changera demain ?

Thomas Deloubriere : Par essence, les agences d’événement sont agiles et adaptables, je ne crois pas que cela change en profondeur les modes de travail. Les équipes sont en permanence à l’œuvre sur le théâtre de leurs événements, le télétravail ou le « terrain travail » est une norme dans nos métiers depuis longtemps, celle-ci va simplement se renforcer.

Vincent Dumont : Au-delà de la question de l’événementiel, ma crainte est que les usages pris durant cette crise sanitaire accélèrent un phénomène déjà initié depuis plus d’une décennie : celui de vivre à distance… On commande à diner à distance, on achète ses biens de consommation à distance, on vit sa banque à distance, on rencontre de nouvelles relations personnelles à distance… Demain, peut-être, va-t-on davantage travailler à distance,  voyager à distance (le phénomène des casques virtuels m’effraie). Si nous en venons à vivre à distance les temps de partage et d’échange que l’on vit dans les principaux lieux de socialisation que sont le sport, la culture, mais aussi l’entreprises, clairement, ce n’est pas le monde dont je rêve !

L’avenir des events sera-t-il digital ? Hybride ?

Vincent Dumont :  Je suis partagé aujourd’hui entre conviction et pragmatisme : la conviction que pour vraiment réengager un collectif, il faut se voir et partager du temps ensemble, je ne le conçois pas autrement. Le pragmatisme, car l’ensemble des réalités du moment (sanitaires, budgétaires, psychologiques…) me laisse penser que le présentiel va être beaucoup plus complexe pour quelques temps…
Sur les sujets internes et corporate, le digital est un pansement relationnel, mais ça peut être un très beau pansement. Il faut juste s’en donner les moyens, et envisager l’événement distanciel avec les mêmes codes que l’événement présentiel, en particulier sur le travail éditorial et la préparation des intervenants.

Je crois beaucoup au Mix présentiel/distanciel, une autre façon de parler d’hybridation ! C’est-à-dire la capacité de réunir et d’échanger à travers un dispositif multi-site interconnecté. Les codes de la TV et de la radio seront de bons atouts pour concevoir ces programmes.

Thomas Deloubriere : Hybride sans aucun doute, mais ce n’est pas nouveau les dispositifs d’événements grand public ont entamé leurs mutations avec l’avénement des réseaux sociaux. L’audience LIVE n’est pas plus importante que l’audience déportée. Je participe à un événement sportif ou culturel autant pour le contenu qu’il propose que pour pouvoir dire ou partager « j’y étais ! ».

Guillaume Mikowski : Pour moi l’événementiel va ressortir plus fort de cette crise, à condition que les acteurs continuent à être aidés car l’impact actuellement est catastrophique. Ressortir plus fort car après le confinement nous avons tous besoin plus que jamais de nous voir et d’échanger, et qui mieux que les agences événementielles pour permettre cela… Mais aussi plus fort parce que les agences événementielles maitrisent aujourd’hui encore plus le digital, et demain les événements feront la part belle aux audiences éloignées, pour limiter les déplacements notamment. C’est une obligation à l’heure où un plan Marshall écologique plus qu’économique s’impose à nous. En tout cas, c’est mon souhait le plus profond.

Source : MyEvent Network

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